Hommage à René Barbier dont nous avons appris le décès fin septembre 2017

La Cohérence, René Barbier (2016)

Il me faut parler maintenant de la Cohérence. Pour moi la cohérence chez un Sujet humain, ce n’est pas la même chose que la raison, bien que ça l’englobe. Mais c’est beaucoup plus que la raison. La cohérence, ça va consister à faire jouer l’ensemble des composantes d’un être humain ; c’est-à-dire, naturellement son intellect, mais aussi sa sensibilité, son affectivité ; mais aussi ses capacités d’imagination et de dépassement de la réalité immédiate ; ses capacités aussi à entrer en relation, non seulement avec le monde mais avec les autres ; mais aussi
son aptitude à réfléchir sur ce qu’il vit, ses sensations, ses perceptions, ses idées, ses constructions mentales. Et ceci, tout ceci dans un souci quand même de clarté maximale, d’articulation, de cohésion d’ensemble. Cette cohésion d’ensemble n’est pas uniquement du registre d’une pensée aristotélicienne, c’est-à-dire d’un principe d’identité de non-contradiction et de tiers exclu. On doit y reconnaître aussi la possibilité d’une pensée dialectique. Pas forcément d’ailleurs de dépassement comme dans la tradition hégélienne ou marxiste mais aussi d’une pensée dialectique sans dépassement, sans synthèse. Il faut l’ouvrir aussi à la perspective d’une sagesse taoïste qui prend en compte le Tao dans ses deux dimensions, Yin et Yang, où les deux dimensions sont articulées parce que dans chaque pôle il y a en quelque sorte la graine de l’autre.
Donc la cohérence, c’est quelque chose de beaucoup plus vaste que la raison. La raison n’est qu’une toute petite partie, même si dans la pensée occidentale elle obtient la part du lion. Je crois vraiment que justement cette réduction de l’ensemble de la cohérence dans la pensée occidentale à la pensée aristotélicienne nous a conduits, surtout à partir de Descartes, à, à la fois au progrès évident sur le plan matériel parce que ça a donné lieu à des travaux scientifiques qui ont apporté quelques éclaircissements sur ce qu’on peut appeler le réel, c’est-à-dire cet insondable et non symbolisable, mais en même temps qui a construit une nouvelle réalité qui aliène le Sujet humain parce qu’elle le réduit justement à une cohérence appauvrie.

Donc pour moi il s’agit bien de revenir à la question de la cohérence et d’en faire un véritable enjeu à une accessibilité à la vérité. La vérité restant toujours l’attrait, on pourrait dire, ou le désir du philosophe, mais en même temps un point focal qui est toujours à l’horizon et qui n’est jamais complètement atteint.

Voilà un petit peu pour moi la première considération sur la question de la cohérence dont je fais un de mes points centraux de ma philosophie et de la vie.

René Barbier, La Cohérence, lien vidéo.

René Barbier, CIRET, 2015, Le Tiers Caché.