En recherche ensemble

Depuis Janvier 2008, l’activité d’accueil social de la Maison Verte s’est progressivement transformée en activité d’accompagnement au projet personnel et professionnel. L’accompagnement est individuel, parce qu’avant de pouvoir se confronter au regard des autres il faut être à l’aise avec qui on est et d’où l’on vient. Ce cheminement vers soi est nécessaire avant de trouver sa place dans un groupe. « Si l’acteur social ne prend pas le temps de reconstruire avec la personne une « consistance » de sa trajectoire personnelle, il y a de grands risques pour que l’usager d’un dispositif social ne parviennent jamais à investir une position de sujet ».

Dès mon arrivée à la Maison Verte, je me suis posée la question du collectif, convaincue qu’individuel et collectif sont complémentaires pour permettre aux personnes de redevenir acteur dans leur propre vie comme dans la société. Invitée à « Troc idées » au Foyer de Grenelle qui propose un accompagnement collectif vers l’emploi complété par des entretiens en face à face, j’ai réfléchi à l’éventualité de la mise en place d’une action similaire. La fragilité des personnes que j’accompagne m’a fait renoncer à ce projet, le public des deux structures est différent et les retours du groupe peuvent avoir des effets déstabilisants voir remettre en question la réflexion individuel.

La réflexion collective existe à la Maison Verte à travers notamment, des soirées réflexion-débat, la Cafetière qui réunie bénévoles, salariés, amis de la Maison Verte autour d’un thème sur un an… Ces groupes donnent la parole à des personnes très diverses mais ni les femmes des cours d’alphabétisation, ni les habitués du vestiaire, ni les domiciliés ni sont associés en un mot le public de la Maison Verte n’a pas d’espace collectif de réflexion, de parole et de production de savoir dans la structure.  Or, comme l’écrivait le Père Joseph Wresinski, fondateur du Mouvement  ATD Quart Monde : « Celui qui ne sera pas introduit dans l’intelligence des hommes ne sera pas non plus introduit dans leurs cités ».

Le projet initial de La Maison Verte comportant à la fois une dimension éducative et une dimension citoyenne, j’ai réfléchi à l’éventualité de créer un atelier de recherche-action collective regroupant des personnes qui fréquentent les différentes activités du lieu, la question étant comment mettre en recherche des personnes aussi diverses sur un thème qui soit au centre de leurs préoccupations et pour en faire quoi ? Abordée il y a un an par ATD Quart Monde, j’ai été invitée à plusieurs regroupements de l’Université Populaire. Il s’agit d’une formation-action-recherche qui réuni, dans une démarche coopérative, des personnes confrontées à la grande difficulté, des universitaires et des volontaires permanents du mouvement autour de problématiques définies en commun une fois par an. L’ensemble des participants sont nommés acteurs-auteurs non par pure convention mais parce que, quelle que soit la situation des personnes à l’extérieur, au sein du groupe chacun a à apprendre des autres. La parole de l’un ne vaut ni plus ni moins que celle de l’autre. « Ce qui importe c’est la nature de la coopérativité entre le ou les auteurs de recherches et le ou les acteurs d’action. Et cette importance recommande deux conduites pour que, à la limite et ad libitum, soit l’Auteur devienne co-acteur, soit l’Acteur devienne co-auteur ».Ce travail en petits groupes locaux est ensuite partagé avec les autres et fait l’objet d’une restitution écrite fidèle mettant en valeur le savoir produit. Ce support est diffusé à l’ensemble des participants et invités au regroupement.

Proposer aux personnes qui viennent aux activités de la Maison verte une telle démarche c’est donc à la fois leur permettre de reprendre la parole, de se former et de reprendre une place dans la société.

Hélène Fromont, Présence – Journal de la Mission populaire évangélique de France et de Soleil et Santé – numéro d’Octobre 2009.

Bibliographie :

  • Jean Biarnès in L’acteur social : le sujet et l’évaluation des politiques sociales sous la direction de Jean Biarnès et Christine Delory-Momberger, Nantes, éditions Pleins Feux 2006, 126 pages.

  • Patrick Brun in La Recherche Action, Une autre manière de chercher, se former, transformer sous la direction de Pierre-Marie Mesnier et Philippe Missotte, Paris, éditions l’Harmattan 2003, 325 pages.

  • Henri Desroche, Entreprendre d’apprendre, d’une autobiographie raisonnée aux projets de recherche-action – Apprentissage 3, Paris 1990, Les éditions ouvrières,  208 pages.